Parfois, un objet tout simple finit par marquer l’histoire du jeu vidéo plus que des machines bien plus puissantes. Le Game & Watch, c’est exactement ça. Un petit boîtier LCD avec un seul jeu, une horloge digitale et un look ultra minimaliste qui a pourtant tout changé pour Nintendo… et pour des générations de geeks qui collectionnent, restaurent ou même modifient ces trucs aujourd’hui.

En fait, quand on tombe sur un Game & Watch d’occasion, que ce soit sur Leboncoin, dans une boutique rétro ou chez un pote, on a tout de suite cette sensation bizarre de tenir un bout de préhistoire du portable gaming. Et pourtant, ces machines des années 80 ont posé les bases de tout ce qu’on adore chez Nintendo : le côté nomade, l’innovation avec des moyens limités, et cette capacité à créer des icônes qui traversent les décennies.

L’idée folle de Gunpei Yokoi qui a sauvé Nintendo

Tout commence en 1980. Gunpei Yokoi, l’ingénieur qui allait plus tard inventer la Game Boy, observe un businessman en train de jouer avec sa calculette dans le train. Il se dit que Nintendo pourrait faire quelque chose de similaire mais en version jeu. Pas un gros truc cher, juste un petit écran LCD recyclé de la tech des calculettes, avec un jeu ultra simple et une horloge en prime. Le nom Game & Watch vient d’ailleurs de ça : un jeu + une montre.

Le premier modèle, Ball, sort le 28 avril 1980 au Japon. Un mec qui jongle avec des balles, deux modes de difficulté, et c’est tout. Les ventes décollent doucement puis explosent. Nintendo, qui était plutôt mal en point financièrement, se retrouve avec un succès monstre : plus de 43 millions d’unités vendues au total sur toute la série. En gros, le Game & Watch a sauvé la boîte et ouvert la voie à tout le reste.

Yokoi appelait ça « lateral thinking with withered technology » : prendre de la vieille techno mature et la tordre pour en faire quelque chose de nouveau. Ça a donné 60 jeux différents, répartis dans une dizaine de formats : les petits Silver tout simples, les Gold avec alarme, les Wide Screen plus larges, les Multi Screen à double écran pliable (l’ancêtre direct du DS), les Table Top qui ressemblent à des mini bornes d’arcade, les Panorama, les Crystal Screen transparents… Chaque format apportait son lot de petits raffinements.

Et honnêtement, c’est impressionnant de voir comment ces jeux ultra basiques ont marqué les esprits. Des titres comme Donkey Kong (qui a vu naître la croix directionnelle), Oil Panic, Mario Bros. ou le dernier en date, Mario the Juggler en 1991, restent des références pour tous ceux qui ont grandi avec.

Mr. Game & Watch, le bonhomme bâton qui est devenu une star

Parmi toutes les créations, il y a ce petit personnage tout en traits simples, Mr. Game & Watch. Un bonhomme bâton qui apparaît dans la plupart des jeux, avec ses animations minimalistes mais ultra reconnaissables. Au début, c’était juste un gimmick visuel pour animer les écrans LCD. Et puis il a pris vie.

Aujourd’hui, Mr. Game & Watch est un perso à part entière dans l’univers Nintendo. Il est jouable dans Super Smash Bros. depuis Melee, avec des coups directement pompés sur les mécaniques des vieux jeux (la clé à molette, le feu, le parachute…). Il est même sorti en amiibo. C’est fou de voir comment un design aussi basique est devenu une icône culturelle geek, un peu comme un symbole de toute cette époque où tout était encore à inventer.

Combien coûte un Game & Watch et lesquels sont vraiment rares ?

C’est LA question que tout le monde se pose en mode collection. Les prix varient énormément selon l’état, la boîte, les notices et surtout la rareté. Un modèle courant en bon état, type Wide Screen ou Multi Screen classique, se trouve souvent entre 30 et 120 euros sur les sites d’occasion ou les boutiques spécialisées. Rien de dramatique pour commencer une petite collection.

Mais là où ça grimpe, c’est sur les pièces vraiment limitées. Le Mario the Juggler, dernier de la série et produit en petite quantité, dépasse facilement les 1000 euros en boîte complète. Certains Multi Screen comme le Green House (tiré à seulement une centaine d’exemplaires pour fêter les 20 millions de ventes) peuvent atteindre 5000 euros. Il y a eu aussi des éditions concours, des prototypes, des versions custom faites pour Yokoi lui-même… Un Donkey Kong ultra rare a même été adjugé autour de 8000-9000 dollars aux enchères il y a quelques années.

La plus rare au monde ? Ça dépend un peu des critères, mais les modèles hors commerce, les éditions promotionnelles ultra limitées ou les prototypes comme l’ancien Tetris Game & Watch (jamais sorti officiellement) font partie du top. Pour les collectionneurs sérieux, c’est un vrai marché avec ses codes : l’état des piles (le cache pile original change tout), les rayures sur l’écran, la présence de la notice… Et oui, les versions avec des licences comme Popeye ou Mickey Mouse ont aussi leurs fans.

Les Game & Watch « modernes » : Nintendo qui rend hommage à son passé

En 2020 et 2021, Nintendo a sorti deux nouvelles versions qui ont fait plaisir à pas mal de monde. La Game & Watch: Super Mario Bros. (pour les 35 ans de Mario et 40 ans de la série) et la Game & Watch: The Legend of Zelda. Elles reprennent le design rétro rouge et or, mais avec un écran couleur rétroéclairé, une batterie rechargeable USB-C et plusieurs jeux intégrés : les versions NES complètes de Super Mario Bros. et Lost Levels pour l’une, Zelda, Zelda II et Link’s Awakening pour l’autre, plus des versions remasterisées de Ball ou Vermin avec les persos principaux.

Ce ne sont plus des machines jetables à un seul jeu, mais des objets collector pensés pour les fans. Et franchement, ça marche : le look est fidèle, le hardware est moderne, et ça permet de (re)découvrir ces classiques sans avoir à chasser une vieille pièce d’occasion qui risque de lâcher.

Le modding Game & Watch : la vraie culture geek en action

Et puis il y a la partie la plus excitante pour les geeks hardcore : le modding. Surtout sur les versions Zelda récentes, une scène active a développé des hacks qui ajoutent de la RAM, un slot microSD et un firmware custom. Résultat ? La petite machine se transforme en véritable console d’émulation portable capable de faire tourner des tonnes de jeux rétro sur plusieurs systèmes. Des projets comme Retro-Go SD permettent de charger des ROMs et d’avoir une bibliothèque énorme sur une simple carte SD.

C’est exactement le genre de truc qui fait vibrer la culture geek autour des marques Nintendo : on prend un objet collector, on le customise, on le pousse dans ses retranchements, et on lui donne une seconde vie complètement folle. Des vidéos circulent sur des Game & Watch moddés avec 150 jeux ou plus, et ça devient presque une mini Game Boy ultime pour certains. Le hardware d’origine reste là, mais étendu par la communauté. C’est beau, non ?

Game & Watch aujourd’hui : entre nostalgie, collection et création

Au final, le Game & Watch n’est pas juste un vieux gadget des années 80. C’est un morceau d’histoire Nintendo qui a tout lancé : le portable gaming grand public, l’idée qu’on pouvait jouer n’importe où avec un truc simple et addictif, et même une certaine philosophie de design qui influence encore aujourd’hui. Des sites francophones comme gameandwatch.fr continuent de documenter chaque modèle, chaque variante, chaque rareté, parce que la passion est toujours vivante.

Que vous cherchiez un modèle abordable pour démarrer, que vous chassiez la pièce ultra rare, que vous vouliez tester les versions modernes ou que vous soyez dans le trip modding et émulation, il y a de quoi faire. Et c’est ça le plus cool avec les marques geek comme Nintendo : elles créent des objets qui, des décennies plus tard, continuent d’inspirer des gens à les collectionner, les restaurer, les hacker et les transmettre.

Bref, si vous tombez sur un Game & Watch, prenez le temps de l’allumer. Même juste pour voir ce petit bonhomme bâton qui jongle ou qui éteint des feux. Ça reste l’un des plus beaux exemples de ce que la culture geek fait de mieux : transformer des trucs simples en légendes qui ne vieillissent jamais vraiment.